Du vin bio, du vin bon ?

vigne1Six vins bio viennent d’obtenir « trois étoiles » (la plus haute distinction) dans le Guide Hachette des vins. Vincent Fleith, l’un de ces vignerons distingués, nous apprend pourquoi le vin bio n’est plus du vin beurk.

Dossier réalisé par Jean Regnaud

Il est une rumeur qui rode autour des comptoirs, se colporte chez les épiciers, se propage dans les diners en ville. Le vin bio (lire encadré) ne serait pas bon. Serait en tout cas « moins bon » que le vin traditionnel. Bien sûr, personne ne conteste que le vin bio est meilleur… pour la planète. Mais question goût, les reproches et apriori foisonnent. Aigreur, acidité, insipidité, le vin bio serait, pour les uns, un redoutable tord-boyaux, pour les autres, du jus de fruit éventé. Boire du vin bio ne peut se réduire à un acte politique ou écologique. Sauver la planète pour mettre en péril ses intestins, non merci. Alors, le bon vin bio existe-t-il ? Oui (heureusement, sinon cet article s’arrêtait là), et pour le trouver, il suffit de suivre le guide Hachette des vins.
Dans son édition 2010 (la 25ème), ce renommé bréviaire fait sa révolution en ajoutant un petit B vert qui signale, parmi les vins qu’il conseille, ceux dont les raisins sont issus de l’agriculture biologique. Stupeur ! Parmi les élus qui ont reçu la plus haute distinction, symbolisée par trois étoiles (« vin exceptionnel »), pas moins de six sont bios. Le guide peut difficilement être soupçonné de partialité. Il ne fait pas l’apologie d’une tradition, d’un cépage ou d’une vinification : « les vins sont dégustés à l’aveugle, par des professionnels du vin, qui n’évaluent que leur goût ».

vincentfurst2Faire du bon vin bio est donc possible. Pour l’un de ces lauréats fraichement étoilés, Vincent Fleith, viticulteur près de Colmar, cela ne tient pas du miracle, mais plutôt du bon sens, et de la science. Sa famille connaît tout du vin – les Fleith sont vignerons depuis 11 générations – mais c’est presque par hasard qu’il est devenu un spécialiste du vin bio. Pendant ses études agricoles, on lui enseigne le maniement des engrais et des désherbants. Mais des voyages en Australie et en Californie lui ouvrent les yeux : on peut faire du vin autrement, naturellement. Vincent Fleith se met alors progressivement au bio, presque sans le savoir. « Au début, je ne voulais d’ailleurs pas le faire savoir. Je n’indiquais pas bio sur mes bouteilles, je trouvais ça trop snob ». En arrêtant les engrais, il constate, au fil des ans, que son vin prend de l’ampleur et du goût. « Les racines, qui jusque là paressaient en surface, doivent plonger dans le sol pour trouver leur nourriture. » Même effet en cessant de désherber. « Les racines sont concurrencées par l’herbe, qu’on n’enlève plus ». Des profondeurs du sol, la vigne extirpe alors de la minéralité. Chaque parcelle développe sa propre couleur, issue de ses calcaires, granits ou grès et roches et, bien sûr, de son exposition. « Le vin bio, ainsi travaillé, a plus de saveur qu’un vin conventionnel. Le goût du raisin se réveille. » Encouragé par ses premiers résultats, Vincent Fleith peaufine ses techniques. Il sélectionne aujourd’hui les plantes qu’il composte, ou diminue les doses de cuivre – seul traitement autorisé en agriculture biologique. « Pour mes neuf hectares, j’en consomme à peine un kilo pendant la saison, soit ce que j’utilisais auparavant lors d’un seul épandage. » Les ferments industriels, comme les aromes artificiels sont bannis de sa cave. Idem pour le soufre, du moins lors de la vinification. «Je n’ai même plus besoin de chaptaliser (ajouter du sucre), ce qu’ont du mal à croire mes voisins viticulteurs. »

Vincent Fleith récolte aujourd’hui les lauriers de son travail. Comme les autres vignerons bios triplement étoilés, du Bordelais au Roussillon (lire plus bas). Leurs bouteilles, et c’est aussi une bonne nouvelle, ne sont pas vendus à des prix extravagants. Le Riesling Steinweg 2006 de Vincent Fleith se commande par exemple à près de huit euros. Bio, bon et pas cher à la fois.


Seuls les raisins sont bio

vincentfurstLe vin bio n’existe pas encore. A ce jour, seul le raisin peut être « issu de l’agriculture biologique » et labellisé AB. Dans la limite des appellations qui les concernent, les vignerons verts peuvent donc faire ce qu’ils veulent de leur jus de raisin : chaptaliser (ajouter du sucre), aromatiser (le fameux gout de cassis ou de banane), et surtout soufrer (ajouter du SO2). C’est cet adjuvant qui stabilise la fermentation des vins, permet aux bouteilles de bien voyager… et rend migraineux les lendemains d’ivresse. Les vins qui contiennent des sulfites (quasiment tous) doivent l’indiquer sur leurs étiquettes. Cependant, ce n’est pas la présence, mais la trop grande quantité de soufre qui peut nuire à la santé. Ce taux de sulfite ne figure nulle part… Dommage.


Les 6 vins Agriculture Biologique
qui ont obtenus 3 étoiles
au Guide Hachette des vins 2010 :

René et Vincent Fleith : Riesling Steinweg 2006

Domaine Fernand Engel : Gewurztraminer 2007

Maison Benedetti : Châteauneuf-du-pape 2008
domainebenedetti@yahoo.fr

Domaine de Mont Redon : Côtes-de-provence Louis Joseph 2008

Domaine Joliette : Côtes-du-Roussillon Cuvée Montpins 2004
mercier.joliette@wanadoo.fr

Château Pouchaud-Larquey : Entre-deux-mers 2008


L’abus d’alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération.

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