Transformes : l’œuvre au crochet de Pierre Bernard

Pierre Bernard

Pierre Bernard : En chantier depuis 25 ans, ce travail consiste à réaliser des ouvrages au crochet et, par ce moyen, à interroger, la notion de « formes » : comprendre «  de l’intérieur » l’ondulation d’une feuille de houx, la règle de croissance de la coquille d’escargot, la structure d’une oreille…..

C’est un travail sur la limite, sur le bord : dans le même temps se constituent un intérieur et un extérieur. Ces topologies molles peuvent prendre une infinité de postures, mais elles ont aussi des états stables, et une forme « idéale ».
C’est une réflexion sur la durée : les mailles se suivent comme un chapelet que l’on égraine ; ce sont des parcelles de temps qui prennent corps.
Ces ouvrages sont réalisés pour une grande part, chaque jour dans les transports en commun (entre Jouy le Moutier où j’habite et la Défense où je travaille mais également lors de mes déplacements en province). De nombreux dessins ou petits schémas accompagnent la réalisation des ouvrages.

(lire la suite sous la sélection d’œuvres)

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Photos : ©Pierre Bernard

Quelques « concepts » qui sous-tendent ce travail

complexité : générer des formes « complexes » à partir d’un même élément simple. Chaque forme est réalisée au crochet, sans couture, à partir de la même bobine de fil avec toujours la même maille . C’est la règle qui organise la succession linéaire des augmentations/diminutions qui produit des formes qui peuvent être très différentes.
Transformation : chaque forme à un état optimal qui correspond à la tension idéale de chaque maille. Une infinité d’état intermédiaires  sont possibles du fait de la plasticité du textile.
Réversibilité : en enlevant la dernière maille, on peut défaire la forme et retrouver la bobine d’origine.
Mutation : ainsi chaque forme peut repasser par un état originaire pour être générée sous une nouvelle forme.
Temps et durée : chaque maille peut être considérée comme un instant qui s’inscrit dans la matière ; un ouvrage, une durée qui prend forme. Chaque maille prend appui sur la précédente ; il y a une orientation dans le développement de la forme qui correspond à la flèche du temps. On pourrait référencer chaque maille au moment de sa réalisation.
Nomade : le « chantier » nomade de tricotage permet de donner de la valeur à des moments de peu de consistance : temps de transport, attente…
Social : la réalisation, dans l’espace public, d’ouvrages prenant appui sur un savoir faire communément partagé, créée des situations d’échange d’ordre « technique », avec en général de vieilles dames, ou des échanges de tous ordres avec d’autres personnes.
Changement d’échelle : toujours en conservant le même principe de fabrication mais en changeant d’échelle et de matériau, j’ai réalisé en 2008 trois chambres tricotées pour l’architecte Patrick BOUCHAIN. Un autre travail est en cours (2009/2010) avec une Chorégraphe, Martine HARMEL, avec l’idée de réaliser des formes qui seront transformées de l’intérieur par des danseurs.
Voir le site www.transformes.org

Questions à Pierre Bernard

Sens.fr : On retrouve dans votre oeuvre un esprit commun avec les oeuvres contemporaines de Ernesto Neto et plus ancien, celles de de Yayoi Kusama (entre autres..) et l’ombre de Robert Morris et son”Antiform” semble aussi planer sur votre travail. Peut on parler d’une école vous concernant, d’un mouvement dont vous feriez parti ?
Pierre Bernard : Les artistes dont les oeuvres me touchent sont les suivants : Marcel Duchamp et en particulier le “grand verre”; Joseph Beuys , ses dessins et ses sculptures; les sculptures de Constantin Brancusi,  Henry Moore, Barry Flanagan, Erik Dietman, Guiseppe Penone, et Annette Messager; les dessins de Pierrette Bloch. Bien que les ouvrages que je réalise soient relativement proches de l’univers formel d’Ernesto Neto, il me semble que ma démarche soit  très différente. D’une manière générale, je ne pense pas relever d’une école ou d’un mouvement particulier, même si mes travaux d’origine, dans les  années 70, relevaient fortement du Land Art.

Sens.fr :Ce fil que vous crochetez m’évoque un fil d’Ariane inversé, non un fil que vous déroulez mais bien au contraire un fil que que vous tricotez, que vous ramassez, que vous organisez. La vie est curative, les oeuvres souvent des manifestations de la psyché. Sauriez vous traduire le lien que vous entretenez au travers de votre aventure artistique en terme de résolution de votre histoire intime ?
Pierre Bernard : Plutôt que le fil d’Ariane, c’est le fil des Parques que je prendrais comme image, dans la mesure où le fil évoque plus pour moi le temps et la durée que l’espace. Chaque ouvrage est orienté dans le temps avec une maille d’origine et une maille de fin . Enlever la dernière maille, c’est défaire l’ouvrage, la forme, pour retrouver la bobine originelle, “informe”. Ce travail à certainement à voir avec mon histoire intime qui eut ses moments chaotiques; chaque ouvrage peut être vu comme un questionnement sans cesse renouvelé de l’énigme d”être au monde” et de la fragilité de notre existence.

Sens.fr :Avez-vous un projet de sculpture , d’installation qui vous tient à coeur en ce moment ? Pouvez-vous nous en dire plus.
Pierre Bernard : J’ai un projet en cours, avec une chorégraphe, Martine Harmel, où des formes réalisées avec de larges mailles seront “habitées”, transformées de l’intérieur par les danseurs.

Sens.fr :Quelles sont vos prochaines expositions et où ?
Pierre Bernard : Une prochaine exposition est envisagée avec une artiste, Bernadette Delrieu, dans l’église St Lazare d’Avallon, en juin 2010.

Interview réalisé par : Olivia Petrucci

Exposition actuelle de Pierre Bernard :

Ville d’Eragny (95) – Salle des Calandres
Exposition collective – Du 9 avril au 23 mai 2009
Ouverture : Mardi, mercredi, jeudi : de 14 h à 19 h, vendredi : de 14 h à 20 h, samedi et dimanche : de 10 h à 12 h et de 14 h à 18 h  
?Entrée libre
?Renseignements : 01 34 48 35 55

3 Comments

  • Je me suis tellement reconnue dans ce que vous dites de votre travail.
    Je travaille moi aussi avec un crochet, je comprends très bien ce que vous dites.
    C’est Paty Vilo, qui était venue me voir le matin du jour où elle vous a rencontré aussi, qui m’a parlé de vous.
    J’avais vu dans une revue de décoration ce que vous aviez fait pour cet hôtel et avais retenu que vous aviez déclaré crocheter dans le métro. Je m’étais dit alors qu’un jour on s’y retrouverait côte à côte avec nos crochets.
    Aujourd’hui je découvre votre travail qui me touche, et ce que vous en dites, et je pense que nous pouvons dialoguer (la danse, j’y ai pensé, travailler avec des danseurs).
    Moi j’aime aussi Brancusi, et les surréalistes, et la liberté que donne l’extrême économie de cette technique qu’est le crochet.
    Dans un registre non conventionnel, bien entendu, en branchant le fil à nos désirs.
    Le temps, le vide, le souple et le rigide, l’élaboration d’un sous-tendu présent dans la matière, ou plutôt le fil comme médiateur entre l’inconscient et le tangible, donner une forme au non descriptible…
    Oui, tout ceci et plus encore, écriture automatique, moulin à prière, mantras…
    Je suis une primitive sophistiquée.
    On cogite beaucoup en crochetant.
    A bientôt, car un jour nous nous croiserons
    Agnès Sébyleau

  • Pierre BERNARD

    Ma prochaine exposition sera à ANET, dans l’Eure, en septembre prochain.
    Je pourrai vous tenir plus informée si vous me laisser votre adresse mel

    Pierre BERNARD

  • Evelyne H.

    Bonjour,

    Je souhaitais voir votre travail à Avallon mais je suis arrivée trop tard …
    Pouvez-vous me m’indiquer un lieu où vous exposer prochainement ?
    Merci d’avance. Evelyne à Perreuse en Pusisaye;

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