Systémique mais pas systématique !

Il est de mots comme ça, qui font que la tentation est forte de les rapprocher lorsque tout les oppose. La systémique, est apparue comme une discipline d’exploration de la complexité, pour que nous puissions aller un peu plus loin que d’énoncer « ce n’est pas si simple » chaque fois que nous affirmons d’une chose, d’une situation ou d’une émotion qu’elle est « complexe ». Son apport, son originalité dans les dernières décennies qui ont vu naître les plus jeunes, a justement été de ne pas systématiser, de ne pas hiérarchiser les valeurs et les informations qu’elle s’est mise à explorer. De ne pas non plus vouloir forcer les éléments à entrer dans un ensemble, une structure, un système, une cohérence préalablement établie.

Faire une place au flou, à ce qui n’a pas encore de nom, et n’en aura peut-être jamais, admettre que tout ne doit pas être nommé, rapporté à un univers de langage, à un code ou à une grammaire, avec des règles et des accords à respecter.

Rendre compte des mouvements du vivant, et traiter de la même façon ce qui semble intelligent et ce qui paraît une véritable connerie, ce qui plaît et ce qui déplaît, ce qui se prétend juste et ce qui refuse d’entrer dans la logique de distinction du juste et de l’injuste, du bien et du mal, du beau et du laid.

Décrire comment cela œuvre, bouge, s’affiche et disparaît, s’efface et laisse place, et décrire les liens, les processus, les comment plutôt que les pourquoi.

Cette mise entre parenthèses des jugements sur les choses et sur les êtres, ce refus de classer et d’ordonner à partir de repères préexistants ont ouvert non pas la voie, mais les chemins du multiple et permis de décrire la complexité de nos expériences individuelles et collectives sans les enfermer dans la quête d’une compréhension à tout prix, d’une réduction à un système permettant d’expliquer. La systémique n’explique pas, elle éclaire, et permet de penser sans croire que l’explication est la façon de s’assurer que l’on pense bien. La systémique pourrait même nous apprendre que l’explication est une menace pour la liberté de penser.

La systémique accueille les failles et les errances, elle ne dit pas que la lumière est meilleure que l’ombre, elle dit comment lumière et ombre s’agencent, se rencontrent, se mêlent et se démêlent. Il y a à parier qu’elle nous montre la vie pour nous aider à la penser sans la penser à votre place.

Norbert Chatillon

Plus d’infos sur la systémique :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Systémique

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