Lost Album, un roman au bon goût de pop rock

PoAsiat

C’est un ovni littéraire, le genre de livre inclassable, situé sur le fil entre musique et littérature, dans son fond comme dans sa forme.

OliviaMichel

Le héros, tout d’abord, est le célèbre producteur Phil Spector. De l’album Let it be des Beatles, aux tubes d’Ike et Tina Turner, en passant par le fameux « Be my baby » du film Dirty Dancing, il a produit quelques uns des plus grands sons du XXe siècle. On lui doit également l’invention du «  Wall of Sound ».

Pourtant nous ne sommes pas dans une biographie, mais bien dans un roman, et les auteurs, Stéphane Legrand et Sébastien Le Pajolec, nous y embarquent dès le préambule dans lequel ils justifient leur litre par une légende – fictive ou réelle – qui circulerait dans certains milieux : Phil Spector aurait créé une musique qui signerait « l’achèvement de la musique ». Cet album, jamais trouvé, serait l’Album Perdu !

Du mythe à la fiction le pas est franchi et Lost Album devient un roman qui nous attrape dès les premières lignes avec des notes sombres, poétiques et brutes. Il n’est évidemment pas question de chapitres mais de faces et de « tracks ». On est dans la confusion-fusion « littéraire et musicale » et on s’y délecte avec plaisir. Ecriture dense, hachée et poétique à la manière d’un rock entêtant…Les deux auteurs se fondent dans un seul « je » qui dirige les manettes de l’intrigue en plantant un décor sombre dans le pire n’est jamais certain…
Il faut dire que Phil Spector a la réputation d’être un personnage énigmatique, ayant sombré dans la folie et la cyclothymie, dégainant son revolver comme certains dégainent une clope, et demeurant un fantasme pour de nombreux fans.

Il n’en fallait pas plus pour inspirer à Stéphane Legrand et Sébastien Le Pajolec un roman prenant, dans lequel on suit le périple loufoque d’un journaliste venu à L.A pour rapporter un scoop sur la star. S’en suivent des moments intenses et cocasses qui nous mènent jusque dans le Salon du manoir de Phil Spector où l’on croise Eric Clapton, ou encore Georges Harisson, dans une nuit sans fin orchestrée par le producteur, personnage hybride, auréolé de désespoir et toujours borderline.

Paroles d’auteurs : Leur inspiration…

lost auteur

Quelle littérature vous a inspiré ? Nous consommons beaucoup de littérature « musicale ». Nous aimons le travail littéraire et/ou romanesque qui s’est pas mal fait en France ces dernières années, depuis le livre de François Bon sur les Stones, jusqu’à celui tout récemment d’Alban Lefranc sur Nico, en passant (tout particulièrement) par le J’ai appris à ne pas rire du démon d’Arno Bertina, mais aussi les grands « ancêtres » anglais et américains, particulièrement Lester Bangs. 

Que diriez-vous à ceux qui considèrent que la musique ne se lit pas ? Très honnêtement, il nous paraît complètement absurde de dire que « la musique s’écoute uniquement». Si en écoutant de la musique vous n’avez pas des remontées de souvenirs aussi bien visuels que tactiles, voire des ébauches d’hallucinations, et si des désirs corporels de course ou de bagarre (ou que sais-je ?) ne vous ruissellent pas dans les muscles et les nerfs – alors vous n’avez aucun rapport à la musique ! Et si vous croyez sérieusement que l’apport (entre mille exemples) de David Bowie au rock se résume à ce que vous pouvez analyser d’un point de vue musicologique en fermant les yeux à l’écoute d’Aladdin Sane, alors vous n’avez vraiment rien compris et vous importez dans le champ de la culture populaire un rapport d’érudit désincarné essayant de mimer la dégustation bourgeoise de la culture légitime.

Le plaisir de lire sur un musicien ou un personnage du milieu musical est une des manières de prolonger le plaisir de les écouter, de les voir sur scène (où c’est déjà de la littérature), le plaisir de circuler dans le dédale des mythes et des rumeurs qui font partie intégrante du show. La pop culture n’est pas reléguable à un endroit isolé de l’espace social, comme la culture légitime l’est dans les musées et les églises, elle est le tissu des jours, l’air qu’on respire. Ecrire une fiction sur Johnny Cash ou Phil Spector, c’est faire un roman sur l’oxygène !

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