Le radical hunger

Il s’appelle Steve McQueen, mais les blagues à ce sujet ne le font pas vraiment rire. La carrure massive et le sourire rare, le réalisateur britannique n’est pas un facile, à l’image de son premier film : le très radical Hunger. On ne s’est toujours pas remis de la claque que fut sa présentation au dernier festival de Cannes, dont il est reparti avec la Caméra d’Or.

Que raconte donc Hunger qui puisse autant impressionner un public saturé d’images extrêmes ? Les derniers jours d’incarcération de l’Irlandais Bobby Sands, figure hautement symbolique de la lutte de l’IRA : il mourut le 5 mai 1981 après 65 jours d’une grève de la faim qui fit neuf autre victimes parmi ses compagnons de cellule, à qui Margaret Thatcher refusait le statut de prisonniers politiques. Forcément poignant. Sauf que Steve McQueen n’est pas du genre à tirer les ficelles du mélo. L’atmosphère de Hunger est clinique, le rythme volontairement déroutant, et les dialogues rares, jusqu’au point de bascule du film : un hallucinant plan séquence d’une vingtaine de minutes, qui voit Bobby Sans débattre de la grève de la faim avec un prêtre. A la joute verbale succédera l’agonie du corps, lente, et portée par l’irréelle performance de Michael Fassbinder, dont on ignore comment il est sorti indemne d’une telle épreuve.

Si Hunger est intelligemment militant, c’est dans sa forme que réside sa puissance, et ce n’est pas un hasard. Steve McQueen est bien connu des amateurs d’Art Contemporain. Artiste plasticien et vidéaste, il a fait l’objet d’expositions dans les musées les plus prestigieux du monde : Guggenheim, Tate Modern ou Centre Pompidou. Ceux qui ont vu ses œuvres savent qu’elles jouaient déjà avec le rythme et le montage pour mieux impressionner le spectateur, physiquement et psychologiquement. Steve McQueen dit avoir voulu, avec son premier film, toucher un public plus large que celui de l’Art : il vous faut absolument en faire partie.

Mathilde Lorit

Laisser un commentaire


Vérification : *