La Lamentation du prépuce, un drôle de conte yiddish, ou presque

PoAsiat

Shalom Auslander a été, toute sa jeunesse, shooté à Dieu. Dieu par–ci, Dieu par là et surtout, Dieu partout. Il en a gardé un rapport très « personnel » à ce « tout puissant » et une paranoïa aigue qu’il nous raconte dans ce roman drôle et émouvant, dans la lignée de Woody Allen ou de Philippe Roth.

Olivia Michel

« Mes professeurs m’ont enseigné qu’un juif qui met la honte à ses coreligionnaires commet un péché que la mort venue d’en haut punira, et j’ai bien peur que [m]es récits entrent dans ce cas de figure. Mais je respire un bon coup, et je me dis qu’ Aaron Spellling va très bien…»

Pas de doutes sur l’identité de son « je » littéraire qui n’est autre que lui-même : Shalom Auslander raconte sa vie rythmée par une drôle de ritournelle : Dieu ne semble être là que pour « l’emmerder » ! L’auteur distille son autodérision et son style vif tout au long de ce roman réjouissant. Cela donne lieu à des scènes loufoques, comiques et angoissées, qui en font une œuvre salutaire en ces temps de « crise » !

Elevé dans la plus stricte orthodoxie religieuse, le jeune Shalom entend : Si tu fautes, IL punira tes parents. Il fallait avoir peur de « Lui ». Mais Shalom s’est demandé alors si Dieu ne pourrait pas, sur une sorte de malentendu, punir aussi son père, un peu trop porté sur le vin de shabbat. C’est comme ça que tout a commencé : gavage de hot dogs, lectures pornos… Et il a attendu. Mais rien. « Dieu tout craché ! » pense t-il.

Quoi qu’il fasse, dans chaque moment de son existence, et même après avoir coupé le cordon maternel et religieux, Shalom se laisse rattraper par la question de Dieu et de ses supers pouvoirs punitifs… Alors qu’il attend encore le châtiment divin, son épouse, Orli, tombe enceinte. C’est un garçon. Shalom est alors désemparé et obsédé par la terrible question du prépuce… Que faire de ce prépuce ? Le laisser à sa place et craindre le châtiment de Dieu ? Le faire couper, mais par qui ? Il n’est pas au bout de ses peines…

Shalom Auslander nous offre un roman intense sur la question de l’identité, du lien familial et sur la paranoïa religieuse ! Un livre indéfinissable tant il bouscule la bien-pensance et tous les fondamentalismes: comique, satirique, désespéré ! Ces mémoires d’un jeune juif dérangé agissent sur le lecteur comme un concentré de talent qui nous fait passer du rire aux larmes !

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