Kim Jee-Woon dynamite le western

Depuis le choc provoqué par la projection cannoise du Old Boy de Park Chan-wook – à qui Tarantino voulait carrément offrir la Palme d’Or – il a bien fallu se rendre à l’évidence : les Coréens sont les maîtres dès qu’il est question de revisiter le cinéma de genre.

Parmi une poignée de réalisateurs – généralement quadragénaires, et tous plus doués les uns que les autres – on retiendra l’éclectisme de Kim Jee-woon, qui livre le film le plus jouissif de cette fin d’année : Le bon, la brute, le cinglé – inutile de vous expliquer la référence. Après s’être attaqué à la comédie (The Foul King), l’horreur (Deux sœurs) et le film noir (A bittersweet life), Kim Jee-woon s’emploie donc à revisiter les figures clé du western spaghetti. Avec une maestria et une virtuosité qui laissent baba.

Le réalisateur confirme avoir cherché à réaliser le film « le plus joyeux et le plus divertissant possible », « en privilégiant les cascades aux effets numériques », et en demandant à son compositeur « une ambiance digne d’un concert de rock ». Quitte à accumuler les blessures sur le tournage – tous ses acteurs ont refusé l’emploi de doublures – et à choisir le Don’t let me be misunderstood de Santa Esmeralda pour une ahurissante course-poursuite au beau milieu du désert. Le tout porté par un trio extrêmement charismatique, au sein duquel on reconnaîtra Song Kang-Ho, peut-être le plus connu des acteurs coréens en France – on l’a notamment vu à l’affiche The Host de Bong Joon-Ho – et une vraie star en son pays. Quant au sublime Lee Byung-hun, il est parfois surnommé le Alain Delon coréen : vous comprendrez pourquoi en allant voir le film….

D’Alain Delon à Melville en passant par le projet de remake du Cercle Rouge par Johnnie To, on a eu envie de demander à Kim Jee-woon d’où venait cette fascination du cinéma asiatique pour le film noir français. « Parmi tous les genres, le film noir est le plus proche de l’esprit asiatique : par le regard très froid qu’il porte sur la vanité de la vie, il se rapproche beaucoup de notre propre conception de l’existence». Lui-même s’apprête à revisiter Max et les ferrailleurs de Claude Sautet…. avec prudence et respect de l’œuvre originale : « s’il n’y a pas ce respect, le remake ne sert pas à grand chose. C’est d’ailleurs le problème des films asiatiques qui sont adaptés par Hollywood, souvent dans une simple démarche commerciale. Je me pose du coup beaucoup de questions sur le remake de Max et les ferrailleurs : est-ce que je dois le tourner à l’étranger ou pas ? Comment, et avec qui ? En tout cas, si je ne perds pas l’ambiance de l’original, classique et très élégant, je pense pouvoir donner une nouvelle dimension à ma filmographie en réalisant ce film ».

Parce qu’il nous a déjà plusieurs fois bluffés par son talent, on veut bien lui laisser le bénéfice du doute, et rompre exceptionnellement avec notre militantisme « anti-remake ». En attendant, courez mordre la poussière avec son enthousiasmant dernier film.

Mathilde Lorit

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