Ecosophie, pour une évolution durable ?

En 1989 Félix Guattari publie Les trois écologies. Il introduit une idée-force : la subjectivité collective. Plus question d’opposer le sujet au collectif. Nous sommes devant un manifeste de vie. Vous n’existerez comme sujet que si chaque acte que vous posez s’inscrit de façon triplement responsable. Ni le renoncement à être soi, ni l’abandon aux autres.

Faire lien, veiller à ce que chacun de mes actes articule « les trois registres écologiques, celui de l’environnement, celui des rapports sociaux, et celui de la subjectivité humaine. » Les luttes traditionnelles sont déclassées. Etre soi, c’est d’abord faire une place à l’autre sans se renier.

La jeunesse, souligne Guattari, développe « ses propres distances de singularisation à l’égard de la subjectivité normalisée ». Prendre ses distances, pour éviter que cela ne devienne une norme, exige de ne pas se mettre à distance de tout.

Le « je me révolte, donc nous sommes » qui venait clore L’homme révolté de Camus, posait un acte solitaire face aux totalitarismes de l’identification au collectif. L’approche écosophique des trois écologies de Guattari met elle l’accent sur l’invention collective qui respecte chacun dans sa singularité.

Il affirme qu’être sujet n’est jamais donné et chaque jour à construire.

Une révolte plus qu’une protestation, une insurrection globale de l’âme et de la chair contre les réductions intellectuelles qui cherchent plus à expliquer qu’à comprendre. Guattari invite à reconnaître en « Goethe Proust, Joyce, Artaud et Beckett » de meilleurs cartographes de la psyché que Freud, Jung et Lacan.

Une éthique de l’engagement qui n’attend pas de tout décoder pour avancer et s’avancer et qui désigne l’écosophie dans une posture d’équilibre en permanence à renouveler, à travailler.

Une esthétique éthique susceptible d’accueillir le passé comme un fait et non comme une réserve de valeurs inépuisables.

Apprendre de ses contraintes et des contradictions éprouvées, imaginer des chemins qui n’ont pas vocation à les résoudre mais à les assumer par la voie de la transformation.

Recoller nos territoires intérieurs ne fait pas nécessité d’unifier, et constitue plutôt une façon renouvelée de s’accueillir soi-même dans la diversité plutôt que dans la nécessité. « Les individus doivent devenir à la fois solidaires et de plus en plus différents », minuscules moyens, conclut Guattari pour qui « voudrait, si peu que ce soit, endiguer la grisaille et la passivité ambiante. »

Rédigés dans un contexte hostile, ce propos de bientôt 20 ans, constituerait-il une charte éthique pour une évolution durable ?

Norbert Chatillon

Félix Guattari Les trois écologies, Galilée, 1989.
Plus d’infos sur Felix Guattari :
http://anarchy.translocal.jp/guattari : Interviews audios de Félix Guattari réalisés en 1981 par Tetsuo Kogawa : questions en anglais et réponses en français !
http://multitudes.samizdat.net/_Guattari-Felix.html
http://fr.wikipedia.org/wiki/Félix_Guattari


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