Caroline Shimanek : au cœur de l’enfance

Avec l’enfance au cœur de son œuvre, Caroline Shimanek nous offre un regard tout à la fois profond, tendre et ludique sur les enfants qu’elle photographie. Travaux de commande et œuvres personnelles sont toujours empreints de cette même quête d’une vérité que l’on peut lire dans le regard de ces enfants : à l’innocence de ces petits êtres elle parvient à ajouter cette dimension qui en fait des adultes en devenir…

(Lire son interview sous la sélection d’œuvres)

Visiter le site internet de Caroline Shimanek, Butterfly Moments

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Questions à Caroline Shimanek

Sens.fr : Papillon ? Le même terme grec désigne tout à la fois l’âme et le papillon et traduit aussi la métamorphose. Et c’est après bien des épreuves que la Psyché d’Apulée prendra forme d’un papillon. Pourquoi ce choix des ailes de papillons que l’on retrouve sur certains de vos clichés ?
Caroline Shimanek :Au départ, le papillon, c’est ma fille. Au moment de la création de Butterfly Moments, elle avait deux ans et une passion pour les fées, et les ailes de papillon ! J’ai pris beaucoup de photos d’elle à cette période, elle était ma première inspiration. C’est en observant ses photos que tout le symbolisme du papillon s’est révélé, je me suis aperçue qu’il s’agissait d’un symbole fort pour moi. La métamorphose, oui : des enfants qui grandissent et s’épanouissent, de la femme qui devient maman, des individus qui deviennent famille. Le papillon est aussi l’animal éphémère; et les sourires, les regards, sont autant de moments papillon qu’il s’agit de capter avant qu’ils ne s’envolent ! Le symbole de la métamorphose résonne aussi dans ma vie personnelle : créer Butterfly Moments, devenir photographe, c’était laisser de coté ma vie de chenille et aller vers plus de liberté, oser sortir du cocon et suivre ma passion.(avant d’être photographe, j’enseignais l’anglais d’où le clin d’oeil aux “Butterflies”!)

Sens.fr : Les papillons n’aiment pas le fromage, peut on lire sur votre site… Cheese n’est donc pas au programme dans votre démarche. En regardant vos clichés on a pour chaque enfant le sentiment d’un univers distinct. Comment parvenez-vous à définir ce qui va lui convenir et lui permettre de livrer un peu de son intimité ?
Caroline Shimanek :C’est vrai que chaque série d’image est différente et que je m’efforce de refleter la personnalité de chaque enfant. En amont d’une séance photo, j’essaie en discutant avec les parents de déterminer avec eux le lieu, le style qui lui conviendra: campagne, ville… un peu féérique ou malicieux. Ensuite lors de la prise de vue je fais connaissance avec l’enfant avant tout, je m’adresse à lui directement et sans le faire poser je l’amène à se dévoiler, à être lui même ! Cela passe par le jeu, la parole, par les sourires, et une forme de confiance s’établit peu à peu. Les séances peuvent durer trois heures, car je laisse aux enfants des temps de pause s’ils en ont besoin. Il faut que la séance

Sens.fr : Sur vos photos on a le sentiment que plus que des enfants, ce sont des individualités qui se fixent sur la pellicule. Ils paraissent sans âge. Tout à la fois dans leur état d’enfant ou de bébé mais aussi comme par magie, ils semblent incarner des émotions qui traduisent une intimité qui pourrait sembler appartenir à un vécu. Ce qui n’est pas le cas vu leur jeune âge ! Quel est donc votre secret de fabrication ?
Caroline Shimanek :Le regard d’un enfant nous en dit long…et cela aussi, c’est ma fille qui me l’a appris. Mes photos préférées d’elle sont souvent celles où elle ne sourit pas, où dans ses yeux je lis quelque chose de plus profond. Après tout ne dit-on pas que les yeux sont les fenêtres de l’âme? Là encore, le fait de vivre les séances comme des rencontres et de les considerer eux, en tant que personnes et non simplement comme des “sujets” ou des “modèles”, est essentiel pour capter ces instants où leurs regards laissent transparaître de la pureté, de la vérité… de l’humanité.

Sens.fr : Et les parents… dans tout ça ? Comment gérez vous les relations avec eux ? Pour parvenir à ces instants d’intimité, on imagine que vous leur demandez de s’éloigner. Est ce le cas ? Avez-vous une recette infaillible pour les rassurer et en faire des alliés de votre travail ?
Caroline Shimanek :Les parents sont présents lors des séances et j’aime aussi beaucoup photographier les interactions entre les differents membres de la famille, leur bonheur d’être ensemble. Lors des photos de groupe, je dirige en général parents et enfants vers un lieu qui me semble photogénique, et où nous avons une bonne luminosité, et je les laisse ensuite discuter entre eux, se regarder…être eux mêmes ! Si un papa persiste à me regarder d’un sourire figé, j’envoie tout simplement un de ses enfants le chatouiller ! Lorsque je me concentre sur les portraits des enfants par contre, j’aime que les parents soient un peu en retrait, justement pour que la communication se fasse directement entre moi et l’enfant, quitte à de temps en temps appeler la maman pour qu’elle vienne m’aider ! Je m’adapte aussi à chacun, certains enfants aiment voir leurs parents tout près, d’autres sont plus à l’aise s’ils ne se sentent pas observés par leurs parents derrière moi… Pas de règle infaillible donc, il s’agit de rester à l’écoute ! J’ai beaucoup de chance car mes clients en général me font confiance, ils me suivent même dans mes idées qui semblent incongrues (monter sur une branche d’arbre avec leurs enfants, poser leur bébé dans un panier près d’une rivière, planter des sucettes dans la terre…)

Sens.fr : Certains de vos clichés sont bruts, d’autres sont remarquablement retravaillées : traitement des fonds, des couleurs, une sorte de deuxième niveau de scnéographie. Est ce lié à ce que vous inspire une série ou bien est ce une demande des parents ?
Caroline Shimanek :J’aime beaucoup en effet utiliser des textures sur mes photos, et je passe beaucoup de temps à travailler mes images, dans ce que j’appelle ma chambre noire numérique, mon ordinateur !
Je me laisse inspirer par chaque série, oui. Je garde en tête les goûts et le style des clients, mais je m’autorise aussi à exprimer ce que je ressens avec leurs images. L’enfance, la maternité, autant de sujets qui me touchent personnellement et que la photo me permet de travailler. Parfois c’est un risque à prendre : je me souviens d’une séance future maman en hiver, au bord d’un lac, dont j’avais beaucoup travaillé la texture et les couleurs et qui donnait un sentiment de mélancolie. J’avais hésité à donner aux parents ces images comme je les avais ressenties, ayant peur qu’ils voient de la tristesse là où je voyais de l’émotion… Mais la maman avait particulièrement aimé ces images, elles lui parlaient à elle aussi, comme si j’avais su lire lors de notre rencontre quelque chose de plus profond et le transcrire en image pour elle.

Sens.fr : Vous travaillez avec votre mari, Steve. Comment sont répartis vos rôles durant une séance photo ?
Caroline Shimanek :Lors des séances nouveau né et future maman, je travaille le plus souvent seule. Ce sont des séances plus intimes, qui se déroulent à domicile. J’essaie de préserver l’intimité des familles et de ne pas être trop intrusive. Par contre dès qu’il s’agit d’une séance en exterieur, et d’autant plus lorsqu’il y a plusieurs enfants, Steve m’aide énormément ! Il a un très bon contact avec les enfants, il les fait rire, il joue… Il participe également à la séance en temps que photographe, mais en se plaçant un peu plus en retrait. Il capte ainsi beaucoup de moments spontanés et d’angles originaux qui sont complémentaires à mes images. Je dirais que Steve a un regard très artiste, il cherche la composition originale, plus insolite, alors que je recherche l’émotion. Nous nous complétons bien !

Sens.fr : Avez-vous des projets d’expositions de vos travaux et où ?
Caroline Shimanek :J’ai actuellement des images de nouveau-nés exposées dans un cabinet d’échographie à Lyon, et plusieurs projets similaires dans les maternités lyonnaises.
J’ai aussi le projet de réaliser une série d’images sur l’allaitement maternel, en particulier des “grands” bébés, chose qui reste encore assez tabou en France et qu’on voit peu en image. J’ai allaité ma fille longtemps et j’ai envie montrer la beauté de cette relation.

Interview réalisé par : Olivia Petrucci

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