Mon épargne éthique

Aujourd’hui, on achète son paquet de café « équitable » sans passer pour un cheguevariste. La consommation « responsable » est entrée dans les mœurs. Du côté financier, il y a encore des progrès à faire. L’épargne éthique, ça existe, mais c’est encore confidentiel. Faut-il investir ses économies dans des placements responsables ? Voici quelques pistes pour vous décider à franchir le pas – ou pas.

Concrètement, comment peut-on investir « éthique » ?

En plaçant vos économies, du moins une partie, dans des OPCVM (FCP ou SICAV). Ces produits sont des paniers de titres dont on achète des parts (un peu comme si on achetait les actions d’une société). Les gérants des fonds choisissent les titres qui les composent en fonction d’orientations prédéfinies : actions, obligations, valeurs européennes, pays émergents… Ceux qui nous intéressent sont les fonds labellisés « éthiques ».

Quels sont les différents types de placements éthiques ?

Les fonds éthiques les plus courants sont les fonds ISR (investissement socialement responsable). Dans ces placements, le gérant privilégie les titres des sociétés éthiquement bien notées. La notation est effectuée par des agences spécialisées (Vigeo, Innovest, GMI Metrics, Ethifrance), qui prennent en compte des paramètres qui concernent les ressources humaines (l’entreprise licencie-t-elle, quel budget consacre-t-elle à la formation ?), la gouvernance (des ONG ou associations d’usagers sont-elles représentées au sein des conseils d’administration ?) voire la pollution (le bilan carbone de la société est il en réduction ?)…

Et les fonds solidaires ?

Les fonds solidaires (ou fonds de partage) fonctionnent différemment. Une partie de l’argent que vous placez ou des bénéfices (de 5 à 10 %) est directement mis à la disposition, sous forme de prêt ou de subvention, d’association d’insertion ou d’ONG.

Les fonds « verts », c’est aussi des fonds éthiques ?

Certaines banques proposent des placements aux noms très écolos : H2O, énergie verte, etc. Si votre investissement est guidé par une conscience écologique, avant de placer dans votre argent dans ce type de fonds, vérifiez bien les titres qui les composent. Il y a très peu de fabriquant d’éoliennes ou de recycleurs d’eaux usées cotés en Bourse. Le plus souvent, ces placements « écolos » contiennent en fait une bonne dose de nucléaire (Areva, EDF…) et de multinationales très polluantes….

Est-ce que toutes les banques proposent des fonds ISR ou solidaires ?

La plupart. De toutes façons, rien n’interdit à votre banquier de vous vendre un fonds géré par une autre banque (mais surveillez alors sa commission..). Les plus actifs sur les placements éthiques sont le Crédit Coopératif, les Banques Populaires, La Poste, la Caisse d’Epargne et la Macif. Aujourd’hui, les fonds ISR et solidaires représentent 1% du marché français. C’est peu, mais ça se développe (les encours ont progressé de 30% en 2007). Notons que les salariés ont de plus en plus souvent la possibilité de placer leur intéressement ou leur participation dans ce type de fonds.

L’éthique, ça rapporte autant que les placements classiques ?

Même si les études sont contradictoires, en moyenne, il n’y a pas de différences significatives entre les rendements d’un fonds ISR et d’un fonds classique. Ce qui est à la fois rassurant et inquiétant : les entreprises bien notées sur le plan de l’éthique ne sont donc pas plus rentables que les autres, même sur le long terme.
Dans le climat boursier actuel, la notion de « rentabilité » est toutefois relative : les cours des actions françaises ont chuté de 21% lors du premier semestre 2008… Or, la plupart des fonds ISR sont investis en actions… Dans ce contexte, celles et ceux qui recherchent la sécurité ont intérêt à privilégier les fonds éthiques « monétaires » – ils sont rares mais ils existent – comme ISR Monétaire de Natixis ou MG Court Terme de la Macif.

En conclusion : j’y vais ou j’y vais pas ?

L’épargne éthique est une solution qui va « dans le bon sens », et ce n’est déjà pas si mal. Pas plus que le café équitable, elle ne prétend et ne peut résoudre tous problèmes de la planète. Mais le développement des fonds ISR entraînera, c’est certain, la prise en compte par les entreprises cotées en Bourse de leur environnement social et écologique. Et comme, tous comptes faits, l’éthique rapporte autant que les autres placements, pourquoi s’en priver ?

Jean Crabanat

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