Vivre de sa terre : Agronomes et Vétérinaires sans frontières

Comment résoudre les questions alimentaires dans les pays en voie de développement ? A cette question, l’ association Agronomes et Vétérinaires Sans Frontières répond par une approche de terrain pleine de bon sens ! L’association met au service des communautés paysannes des pays en développement les compétences de professionnels de l’agriculture et de l’élevage : aide technique, financière, formation, accès aux marchés locaux et à ceux du commerce équitable. Reconnue d’utilité publique, Agronomes et Vétérinaires Sans Frontières mène plus de 70 programmes dans 18 pays d’Amérique Centrale et du Sud, d’Asie et d’Afrique, pour que les Hommes vivent de la Terre durablement.

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Questions à Agronomes et Vétérinaires sans Frontière

Sens.fr : Combien de personnes travaillent pour l’association AVSF ? bénévoles, salariés, stagiaires…
AVSF :Agronomes et Vétérinaires Sans Frontières (AVSF) c’est 230 professionnels sur le terrain, dont 87% sont issus des pays où agit l’association, car ils sont les plus à même de mieux comprendre les cultures locales et les problèmes posés. Ce sont ces salariés locaux, boliviens en Bolivie ou mongols en Mongolie, qui sont au cœur de l’action de l’association. AVSF a aussi une trentaine de salariés expatriés, qui peuvent chapeauter le projet localement ou apporter un appui technique là où il y’en a besoin, quand la ressource n’est pas disponible localement. Enfin AVSF en France ce sont une vingtaine de salariés, qui assurent les fonctions de suivi des projets, de gestion, de communication, d’éducation au développement et de collecte de fonds. Ces salariés travaillent en lien avec 10 délégations régionales (voir liste ) animées par des bénévoles.

Sens.fr : AVSF, c’est 30 ans sur le terrain. donc une création à la fin des années 70. Qui sont les fondateurs et qu’est ce qui a motivé à ce moment de l’histoire une telle démarche ?
AVSF :L’association est née en deux endroits : Au Sud du Pérou en 77 grâce à un groupe de coopérants français, impliqués dans le développement en zone rurale. A l’époque, leur approche est innovante : il s’agit de consolider les capacités d’action et de développement des organisations paysannes et des institutions locales. Jusqu’alors, était plutôt appliquée une logique d’assistance. Au Nord du Mali, dans le Sahel, est né le premier projet vétérinaire qui fondera l’association, en 1983: Il y’avait eu d’importantes sécheresses qui avaient raréfié le pâturage et affamé le bétail, seule ressource pour les familles paysannes nomades de cette région. Elles mourraient donc littéralement de faim, et les animaux tombaient les uns après les autres. Un petit groupe de vétérinaires français a eu l’idée de sécher la viande des animaux, pour pouvoir ainsi la conserver et contribuer à nourrir la population. Ces vétérinaires ont ensuite contribué à remettre l’élevage sur pied, à mettre en place des campagnes de vaccination contre les principales maladies, à former les éleveurs aux soins vétérinaires de base… Ces groupes de personnes partageaient des convictions communes : Mieux vaut traiter les causes de la faim plutôt que ses conséquences.
Toujours accompagner l’aide d’urgence par une aide au développement. Permettre aux populations paysannes de rester sur leurs terres et d’en vivre.

Sens.fr :Certaines de vos actions ont donc été mises en chantier il y a longtemps… Quelles sont elles ? Quels en sont les résultats ?
AVSF :AVSF mène des projets de développement en partenariat avec les populations locales, qui se tiennent donc à Moyen et long terme. En général, un programme d’AVSF dure 3 ans, souvent prolongé par une deuxième phase de projet. Ces projets portent sur trois axes :

1 / développer l’agriculture et l’élevage (aide technique, financière et formations)
Par exemple, au Togo Traditionnellement, ce sont les femmes qui élèvent les volailles. Nous les formons à vacciner les poules, mieux les alimenter et construire des poulaillers qui les protègent des prédateurs. Avoir plus de poules et d’oeufs permet à chaque famille de mieux se nourrir, de se procurer un revenu en les vendant sur le marché et de pouvoir ainsi subvenir à ses besoins quotidiens : habillement, scolarité, frais de santé, etc.

2 / transformer les produits et les commercialiser sur les marchés locaux ou du commerce équitable ;
Au Pérou, du café biologique et équitable : nous travaillons avec les petits producteurs pour améliorer leurs cultures et garantir un café biologique de qualité, certifié aux normes du commerce équitable. Nous les aidons à commercialiser leur café, vendu en France sous le label Max Havelaar et la marque Ethiquable. Chaque producteur reçoit un juste prix pour sa production ce qui permet, même à ceux qui vivent dans des zones très reculées, de se nourrir, d’avoir accès à l’eau courante et à l’électricité, de scolariser leurs enfants, et de gagner indépendance et fierté.

3/ améliorer l’accès à l’eau, l’utilisation de la terre et des forêts, de façon durable.
A Madagascar, le sud-ouest du pays est menacé par la désertification : la terre perd sa fertilité, ce qui appauvrit la population et devient une source de conflits sociaux. Dans cette région, nous formons les cultivateurs à l’agroécologie.
Les paysans préservent ainsi la fertilité de leurs terres, augmentent la productivité de leurs cultures dans le respect de l’environnement.

AVSF intervient également en Europe pour informer l’opinion publique, faire reconnaître l’utilité des communautés paysannes et défendre leurs droits. AVSF a accompagné ainsi 75 000 familles, soit 350 000 personnes vers l’autonomie.

Sens.fr : 30 ans, c’est deux générations d’agronomes et de vétérinaires. Quel est le profil des agronomes et vétérinaires de la nouvelle génération ?
AVSF :Les personnes sur le terrain sont non seulement agronomes ou vétérinaires, en grande majorité, mais aussi agroéconomistes, sociologues, techniciens en microcrédit, en commercialisation ou encore en productions animales. A leurs côtés, des gestionnaires, secrétaires et logisticiens qui eux aussi contribuent à la bonne marche des projets.

Sens.fr : Les communautés paysannes sont au coeur de vos dispositifs et les principaux salariés de AVSF sont originaires du pays. Comment se passe le recrutement ? Reçoivent ils une formation en France avant de repartir sur le terrain ?
AVSF :Les salariés d’AVSF sont des professionnels locaux, issus du pays dans lequel nous travaillons, qui ont déjà un diplôme et connaissent la culture du pays, puisque c’est le leur. Ils peuvent recevoir une formation complémentaire, mais dans leur pays. Nous construisons le diagnostic des problèmes et les meilleures façons d’intervenir avec les communautés paysannes bénéficiaires, pour que l’impact soit le plus positif possible.

Sens.fr :Votre objectif est de contribuer à rendre les communautés paysannes autonomes pour qu’elles prennent en mains leur propre développement économique, social et politique. A priori les paysans connaissent leur terre de façon ancestrale, serait-ce à dire qu’ils ont perdu ce savoir et comment perçoivent ils votre apport ?
AVSF :Quelques fois, des opportunités à court terme déstabilisent les Savoirs faire ancestraux : En Bolivie par exemple, sur les hauts plateaux andins de la zone Intersalar, à près de 4000m, vivent des familles Quechuas et Aymaras. Ces familles ont tissé, au fil des siècles une agriculture paysanne équilibrée, partagée entre 2 ressources, le quinoa et l’élevage des lamas. Le lama apporte la viande et la laine qui peuvent être commercialisées. Ils pâturent et apportent leurs nutriments aux terres des coteaux, qui reposent sur la culture du quinoa. Le quinoa est le composant de base indispensable dans l’alimentation des indiens Quechuas et Aymaras qui vivent sur ces montagnes depuis toujours. Riche en protéines, le quinoa apporte l’équilibre essentiel à la bonne nutrition de ces populations.
L’équilibre de cet environnement des Andes se rompt au cours des années 80 : Alors que les ventes de viande stagnent, celles du quinoa explosent. Le quinoa est devenu un aliment très prisé des consommateurs européens, et se vend à très bon prix. Les petits agriculteurs Quechuas et Aymaras se mettent à intensifier leurs cultures de quinoa au détriment de l’élevage de lamas. Les terres de plus basse altitude sont cultivées en quinoa, donc de nouveaux parasites apparaissent, la terre n’est plus nourrie des déjections de lamas et s’appauvrit, l’érosion commence. L’équilibre ancestral est brisé. Les petits producteurs vendent la totalité de leur production et achètent des produits de substitution à bas prix, du riz ou des pâtes, moins chers, mais bien moins nutritifs. L’intensification de la culture de quinoa met l’écosystème en danger : la monoculture épuise des sols déjà fragiles. Ainsi, c’est toute la viabilité de l’économie paysanne de la zone qui est menacée.

AVSF, convaincue des bienfaits pérennes de l’agriculture familiale est intervenue sur un projet Intersalar qui vise à rétablir l’équilibre «agriculture/élevage » perdu, en redonnant sa place à l’élevage de lamas. AVSF a travaillé avec les populations locales pour trouver des débouchés stables et rémunérateurs, notamment par le commerce équitable pour le quinoa, afin que les populations en tirent un revenu juste sans avoir besoin de tout exporter.

Ces changements sont issus de longues concertations avec les populations, associées tout au long du projet, et mis en œuvre par les communautés elles mêmes : c’est pour AVSF une garantie de durabilité du projet.

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Sens.fr : Comment parvenez vous à mixer les savoir- faire ancestraux et les nouvelles technologies de l’agronomie ?
AVSF :Ce sont souvent des systèmes simples et adaptés qui conviennent le mieux aux besoins sur place, faciles à entretenir et à gérer collectivement, ils sont les plus efficaces. Quelques fois, nous enrichissons les savoirs faires de nouvelles technologies : par exemple, nous formons certaines communautés à l’usage du GPS pour pouvoir repérer les points d’eau ou baliser des couloirs de passage pour les animaux dans les sociétés de transhumants. Ainsi, ils pourront réaliser des cartes de leur territoire, de leurs ressources, pour mieux les gérer et mettre en valeur leur rôle dans l’entretien de ces paysages, de ces points d’eau, de ces milieux naturels.

Sens.fr : Est ce que certaines pratiques de cultures que vous découvrez dans des pays sont utilisés dans d’autres ?
AVSF :AVSF privilégie les échanges entre paysans dans ces projets, au sein d’un même pays ou même quand c’est possible, dans des pays frontaliers, afin qu’ils apprennent les uns des autres. Nous favorisons au maximum les cultures locales plutôt que d’en importer de nouvelles.

Sens.fr : Comment vit l’association ? Dons de particuliers ? d’entreprises, subventions ?
AVSF :L’association est d’abord financée aujourd’hui par des fonds publics : l’Union européenne, le Ministère des Affaires Etrangères et l’Agence Française de développement. Mais de plus en plus, compte tenu de l’évolution des pratiques de ces bailleurs de fonds, et pour assurer une certaine indépendance d’action, AVSF cherche à nouer de nouveaux partenariats avec des entreprises, des fondations et trouver de nouveaux soutiens parmi les particuliers en France..

Sens.fr : Au sujet des entreprises : apparemment certaines entreprises qui ont une présence sur vos lieux d’actions vous soutiennent. De quelles façons et quelles sont elles ?
AVSF :La majorité des entreprises qui nous soutiennent aujourd’hui ne sont pas présentes dans nos pays d’intervention. C’est le cas seulement pour un laboratoire vétérinaire, qui fait du mécénat au Mali sur un projet de développement de l’élevage en zone nomade. Mais sa contribution est déconnectée de son activité en propre, et va tout autant à la gestion des points d’eau et de pâturages pour les animaux que des questions de santé animale.

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